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Notre relation avec nos cheveux 🪮

Notre relation avec nos cheveux 🪮

Aujourd’hui nous allons aborder le sujet de la relation que les femmes peuvent avoir avec leurs cheveux. 

Si prendre soin de vos cheveux ressemble davantage à une corvée qu'à un moment pour vous, vous êtes au bon endroit. Nous sommes là pour vous aider à poser un regard nouveau sur eux, et à la fin de votre lecture, nous espérons que vous verrez les choses différemment.

Ni vous, ni votre texture n'êtes le problème. Et comprendre d'où vient ce sentiment, c'est déjà la première étape pour changer votre relation avec eux.

Beaucoup d'entre nous n'ont jamais vraiment appris Ă  aimer leurs cheveux. Et ce n'est pas un hasard.

Dès le plus jeune âge, on a reçu le même message, encore et encore : nos cheveux crépus sont compliqués, ingérables, pas convenables. Dans les publicités, dans les rayons des supermarchés, dans les salons de coiffure, les cheveux lisses sont présentés comme la norme et les boucles plus lâches comme plus acceptable, comme l'objectif à atteindre.

Les grandes marques s'adressent aux femmes aux cheveux crépus principalement pour leur vendre des produits lissants ou pour définir les boucles. Le message est simple : ton cheveu crépus dans sa forme resserrer est un problème à corriger.

Lorsque les femmes noires portent leurs cheveux naturels, elles font face à des discriminations concrètes. Selon une enquête de Dove aux États-Unis, 66 % des femmes noires changent de coiffure avant un entretien d'embauche.

Les cheveux texturés sont souvent perçus comme moins professionnels, ce qui peut conduire à des discriminations et des micro-agressions sur le lieu de travail. Plus de 20 % des femmes noires âgées de 25 à 34 ans ont été renvoyées de leur travail à cause de leurs cheveux.

En France, le témoignage de Julie Vainqueur, étudiante à Sciences Po, illustre cette réalité au quotidien : pendant un stage en communication dans un groupe médiatique, un employé s'est exclamé à sa vue : "Ah, qu'elle est belle cette choucroute !".

 

Dans le monde professionnel, les cheveux crépus sont souvent associés à de la négligence, comme si ne pas se lisser les cheveux voulait dire qu'on ne s'en occupait pas. Winona, lycéenne de 17 ans, raconte dans un article publié par La ZEP qu'un jour où elle est arrivée à l'école avec son afro, les remarques de ses camarades l'ont tellement découragée qu'elle en a perdu l'envie de montrer ses cheveux au naturel. Il lui a fallu quatre ans pour retrouver la force de les assumer. Quatre ans, pour simplement porter ses cheveux tels qu'ils sont.

Mais d'où vient tout ça ? Pourquoi est-ce qu'on a autant de mal avec nos propres cheveux ? La réponse est dans l'histoire, et la comprendre, c'est déjà commencer à s'en libérer.

Selon l'anthropologue Ary Gordien, pendant la période coloniale et esclavagiste, la texture des cheveux est devenue l'un des critères utilisés pour classer et dévaloriser les populations noires.

Les cheveux crépus ont été associés à l'infériorité et à l'impureté, pendant que le cheveu lisse était érigé en symbole de beauté et de civilisation. Cette hiérarchie s'est même traduite dans les langues : "good hair" versus "bad hair" en anglais, "pelo bueno" versus "pelo malo" en espagnol. Des expressions qui existent encore aujourd'hui.

La guerre du Soudan (1881–1899) a popularisé cette représentation, laissant entendre que les soldats soudanais ne se coiffaient pas et ne prenaient pas soin de leurs cheveux. C'est pourtant tout le contraire — sur tout le continent africain, les techniques de coiffage sont aussi variées que les coiffures qu'elles permettent de réaliser. Ces images de propagande coloniale, qui montraient les cheveux des Africains ébouriffés et non coiffés, ont durablement affecté la vision que les gens ont des cheveux crépus.

Ce qu'il faut retenir de tout ça, c'est une chose simple : si tu as grandi en ayant du mal à apprécier tes cheveux, ce n'est pas parce que tes cheveux ont un problème. C'est parce qu'on t'a transmis, sans même le dire explicitement, des siècles de croyances construites pour te faire croire ça. C'est un héritage que l'on a pas choisi, et qu'on porte souvent sans même nous en rendre compte.

Et cet héritage a une conséquence très concrète : beaucoup d'entre nous n'ont tout simplement jamais appris à prendre soin de leurs cheveux.

Quand on n'aime pas quelque chose, on ne cherche pas à le comprendre, on cherche à s'en débarrasser ou à le cacher. 

Résultat?  Une grande partie d'entre nous ne connaît tout simplement pas ses cheveux. Nous n’avons pas appris à les démêler sans les casser, ni de quoi ils ont besoin, nous ne savons même pas par où commencer. Alors quand nous essayons et quand ça ne se passe pas comme on espérait, la déception arrive vite : "tu vois, mes cheveux sont impossible."

Il y a aussi quelque chose dont on parle peu : nos attentes vis-Ă -vis de notre routine.

On s'attend souvent à ce que nos cheveux demandent le même temps et le même effort que d’autres types de cheveux. Mais nos cheveux crépus ont naturellement plus tendance à s'emmêler, et l'étape du démêlage est donc plus longue. Ce n'est pas un défaut, c'est juste leur nature. Nous n’avons pas à nous comparer, nous brillons toutes par notre beauté unique. Mais si personne ne nous l'a jamais dit, on va interpréter ça comme une preuve que "nos cheveux sont compliqués", et se décourager encore un peu plus.

Et pourtant, les choses bougent. Depuis les années 2000, et encore plus avec l'essor des réseaux sociaux, le mouvement Nappy a pris de l'ampleur et a vraiment commencé à changer la donne. Contraction de "natural" et "happy", ce mouvement encourage les femmes noires à embrasser leurs cheveux tels qu'ils sont, à les célébrer plutôt qu'à les cacher. Des créatrices de contenu, des blogueuses, des stars comme Lupita Nyong'o ou Solange Knowles ont joué un rôle énorme en montrant qu'on pouvait être belle, accomplie, et porter nos cheveux naturels à la fois.

 

Aujourd'hui, on voit de plus en plus de femmes noires porter leurs cheveux naturels avec fierté, dans la rue, sur les réseaux, dans les médias. Il reste encore du chemin à faire, et c'est normal, on parle de se défaire de siècles de conditionnement. Mais la tendance est là, et elle ne peut avoir que des effets positifs pour la communauté.

Apprendre à aimer ses cheveux. Pas parce que c'est une injonction de plus, mais parce que c'est vraiment le point de départ de tout. Quand on aime quelque chose, on en prend soin naturellement, on s'y intéresse, on apprend, on expérimente, on trouve ce qui lui fait du bien.

Et il y a tellement à explorer : nos cheveux crépus permettent des coiffures d'une diversité et d'une créativité folles, des plus simples aux plus spectaculaires. Autant de raisons de les voir comme une richesse plutôt qu'une contrainte.

 

 Et même toute la routine capillaire, qui peut sembler fastidieuse au départ, devient quelque chose d'agréable, un moment pour soi, quand on l'aborde avec bienveillance plutôt qu'avec frustration. C'est ça, au fond, qu'on essaie de faire ici : vous aider à construire cette relation-là avec vos cheveux. Une relation basée sur la connaissance, la patience, et un max d'amour.


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